Supplémentation en L-glutamine et cancer : état des connaissances actuelles
- Sarah Bredon
- il y a 7 jours
- 3 min de lecture
Analyse des données mécanistiques, cliniques et pratiques

La sécurité de la supplémentation en L-glutamine en contexte oncologique est une question récurrente, sensible et encore largement débattue. Les avis sont parfois contradictoires, reflétant la complexité du métabolisme tumoral et la diversité des situations cliniques.
L’objectif de cet article est de proposer une vision d’ensemble afin de permettre une prise de décision éclairée, loin des positions simplistes ou dogmatiques.
SOMMAIRE
6. Particularité digestive : un usage local prioritaire
7. Recommandations institutionnelles : entre prudence et individualisation
8. En pratique : une approche raisonnée et encadrée
9. À retenir : messages clés
Rappels métaboliques : la glutamine, un substrat central
La glutamine est un acide aminé clé du métabolisme cellulaire. Elle constitue le précurseur de l’alpha-cétoglutarate (α-KG) via la glutaminolyse, un métabolite intermédiaire du cycle de Krebs.
À ce titre, elle représente un substrat énergétique privilégié pour de nombreuses cellules à renouvellement rapide, notamment :
Les entérocytes ;
Les lymphocytes et macrophages ;
Les fibroblastes ;
Certaines cellules rénales et hépatiques, où elle contribue au métabolisme énergétique et azoté.
Au-delà de son rôle énergétique, la glutamine intervient également dans la synthèse des nucléotides, le maintien de la balance redox, la fonction immunitaire et l’intégrité de la barrière intestinale.
Glutamine et cellules tumorales : une dépendance variable
Certaines cellules cancéreuses sont qualifiées de cellules glutamine-dépendantes, c’est-à-dire qu’elles utilisent préférentiellement la glutamine pour soutenir leur croissance, leur prolifération et leur survie.
Cette dépendance a été décrite dans certains sous-types tumoraux et dans de nombreux modèles précliniques, notamment dans :
Les hémopathies malignes ;
Le glioblastome ;
Le cancer pancréatique (adénocarcinome ductal) ;
Le cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC, mutations KRAS ou MYC) ;
Le cancer colorectal (MYC+) ;
Le cancer du sein triple négatif (TNBC) ;
Le mélanome (mutation BRAF) ;
Certains cancers ovariens (formes séro-papillaires) ;
La leucémie myéloïde aiguë.
Cette dépendance métabolique est toutefois hétérogène et variable selon le sous-type tumoral, le microenvironnement, le stade évolutif et les traitements.
Sur un plan strictement théorique et mécanistique, cette observation a conduit à l’hypothèse selon laquelle une supplémentation en glutamine pourrait favoriser le développement tumoral dans ces contextes.
Une réalité métabolique plus nuancée qu’il n’y paraît
En pratique, le métabolisme énergétique des cellules cancéreuses est hautement plastique et adaptable. Lorsqu’un substrat devient moins disponible, la cellule tumorale peut en mobiliser un autre (glucose, acides gras, lactate, acides aminés alternatifs).
C’est l’une des raisons pour lesquelles les stratégies visant à « affamer » le cancer par la suppression isolée d’un nutriment se révèlent souvent réductrices et difficilement transposables en clinique.
Les modèles cellulaires et animaux suggèrent parfois une stimulation du métabolisme tumoral par la glutamine. Toutefois, les données cliniques humaines ne permettent pas, à ce jour, de conclure à un risque clair d’aggravation ou d’accélération tumorale, en particulier lorsque la glutamine est utilisée à des doses nutritionnelles (généralement comprises entre 5 g et jusqu’à 20–30 g/j selon les protocoles).
Par ailleurs, il est également intéressant de noter que, bien que la glutamine et le glucose puissent tous deux alimenter le cycle de Krebs des cellules tumorales, la contribution relative de la glutamine et du glucose au cycle de Krebs varie fortement selon le type tumoral, le contexte métabolique et le microenvironnement. Dans certains cas, il a été décrit que la contribution de la glutaminase tumorale pourrait être inférieure à celle du glucose dans la production d’ATP.
Un point de vigilance spécifique : la greffe de cellules souches
Un cas particulier mérite toutefois d’être mentionné. Une étude menée chez des patients ayant bénéficié d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques a rapporté une augmentation du taux de rechute dans le groupe recevant une supplémentation en glutamine (dans un contexte spécifique de nutrition parentérale).
À ce jour, il s’agit de la principale donnée clinique suscitant une réelle prudence. Elle ne permet pas de conclure à un risque généralisable à l’ensemble des cancers, mais justifie une réserve spécifique dans ce contexte, ainsi que la poursuite de travaux visant à mieux caractériser les effets de la glutamine selon les situations oncologiques.
Données en faveur d’un bénéfice clinique potentiel
Parallèlement, plusieurs études rapportent des effets bénéfiques de la supplémentation en glutamine chez les patients atteints de cancer (avec toutefois des résultats hétérogènes selon les contextes et les protocoles), notamment :eints de cancer (avec toutefois des résultats hétérogènes selon les contextes et les protocoles), notamment :

