Mieux comprendre l'interaction fer / calcium
- Sarah Bredon

- 17 juil.
- 4 min de lecture
Pour optimiser ses conseils en alimentation et en supplémentation

Il est fréquent d’entendre que les aliments riches en calcium devraient être consommés à distance des aliments riches en fer, au motif que :
Ces deux micronutriments seraient en compétition au niveau intestinal ;
Le calcium inhiberait l’absorption du fer ;
Leur consommation simultanée augmenterait le risque de déficit en fer ou aggraverait une carence existante.
Cette recommandation repose sur un mécanisme réel : dans certaines conditions expérimentales, l’apport simultané de calcium est associé à une diminution de l’absorption du fer.
Cependant, passer de ce constat à une règle alimentaire générale constitue un raccourci.
Pour comprendre pourquoi, il faut prendre en compte trois niveaux de données :
L’absorption du fer au cours d’un repas isolé ;
L’absorption du fer dans l’ensemble de l’alimentation ;
L’évolution du statut martial sur plusieurs mois ou plusieurs années.
Je vous propose donc d'approfondir l’interaction fer / calcium et de mettre en lumière les applications pratiques en alimentation et en supplémentation.
SOMMAIRE
5. Les références nutritionnelles prennent en compte la biodisponibilité du fer alimentaire
6. Alimentation : faut-il éloigner les aliments riches en calcium des aliments riches en fer ?
7. Supplémentation : que faire en cas de prise simultanée de fer et calcium ?
8. À retenir
9. Références
Interactions entre le fer et le calcium
Dans un objectif de santé publique, les interactions entre le calcium et le fer ont été largement étudiées et il est admis que le calcium peut diminuer l’absorption du fer alimentaire.
Le calcium se distingue des autres inhibiteurs car il affecte à la fois le fer non héminique et le fer héminique.
Le fer et le calcium n'utilisent pas de transporteurs apicaux et basolatéraux communs donc il ne s’agit d’une compétition d’absorption pour utiliser un transporteur commun.
Le mécanisme d'action d’interaction n'est pas encore totalement élucidé mais au moins deux hypothèses ont été proposées :
Au niveau de la membrane apicale des entérocytes (lumière intestinale) :
Inhibition de DMT1 (Divalent Metal Transporter 1), transporteur majeur impliqué dans l'absorption du fer alimentaire = inhibition du transport du fer de la lumière intestinale vers les entérocytes ;
Il a été démontré que l'inhibition du DMT1 par le calcium est de faible affinité et non compétitive, et ne se produit qu'à des concentrations élevées de calcium. Ainsi, l’interaction dépend de la quantité de calcium administrée plutôt que du rapport molaire Calcium:Fer.
Au niveau de la membrane basolatérale des entérocytes : inhibition du transport du fer des cellules de la muqueuse vers le plasma.
Par ailleurs, une surcharge en fer induirait une augmentation du calcium intracellulaire. Ce phénomène a été observée de manière systématique dans différents modèles cellulaires.
Pourquoi les études sur un repas isolé peuvent être trompeuses
Plusieurs études isotopiques ont montré qu’une dose de calcium ajoutée à un repas peut diminuer l’absorption immédiate du fer.
Dans une étude historique, Hallberg et al. (1991) ont observé une inhibition dose-dépendante lorsque des quantités croissantes de calcium étaient ajoutées à un repas expérimental. L’effet augmentait jusqu’à environ 300 mg de calcium, puis tendait à atteindre un plateau.
Benkhedda et al. (2010) ont démontré que le calcium réduisait l'absorption du fer provenant d'un repas unique de 10,2 % à 4,8 %. Cependant, l'impact du calcium variait significativement d'un sujet à l'autre, même en présence de réserves de fer similaires.
Les auteurs ont conclu qu'outre les niveaux de fer stockés dans l'organisme et le type d'alimentation, des variables physiologiques ou génétiques influencent significativement l'absorption du fer chez les personnes ayant des réserves de fer corporelles similaires.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2021 a confirmé l’existence d’un effet inhibiteur à court terme, avec une diminution moyenne de l’absorption du fer d’environ 5,6 points de pourcentage dans les situations de forte exposition au calcium comparées aux situations de faible exposition.
Ces travaux démontrent donc bien un effet inhibiteur aigu.
Cependant, une étude portant sur un repas isolé mesure la réponse à une combinaison précise :
Une quantité déterminée de fer et de calcium ;
Une matrice alimentaire donnée ;
Un statut martial particulier, etc..
Elle ne prend pas toujours en compte :
Les repas suivants ;
L’adaptation de l’absorption intestinale ;
La diversité alimentaire ;
La régulation exercée par les réserves en fer, etc.
On sait que les effets des facteurs modulant la biodisponibilité du fer sont surestimés dans les études portant sur un seul repas, et que les mesures basées sur plusieurs repas sont plus susceptibles de refléter l'impact nutritionnel réel.
Les résultats changent lorsque l’on étudie une alimentation complète
Lorsque l’absorption du fer est mesurée sur plusieurs repas ou sur l’ensemble de l’alimentation, l’effet du calcium apparaît généralement plus faible et moins constant.
Les résultats de la plupart des études menées chez l'humain sur plusieurs repas suggèrent qu'une supplémentation en calcium n'aura qu'un faible effet sur l'absorption du fer, sauf si la consommation habituelle de calcium est très faible.
Ces variations des effets à court et à long terme du calcium sont très probablement dues à une adaptation à un apport élevé en calcium, mécanisme de régulation de l'absorption du fer visant à maintenir l'homéostasie de ce dernier.
Ainsi, même si un effet inhibiteur du calcium sur le fer peut être observé sur un repas ou à court terme, cet effet n’est pas forcément maintenu à moyen et long terme.
Une diminution ponctuelle de l’absorption ne signifie pas nécessairement une dégradation du statut en fer
La question la plus pertinente n’est pas seulement : « Quelle proportion du fer de ce repas a été absorbée ? ».
Il faut également se demander : « Le statut martial se dégrade-t-il lorsque l’apport en calcium augmente durablement ? ».




