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Compléments alimentaires : doit-on leur appliquer une classification comme pour les AUT ?

Dernière mise à jour : 23 oct. 2023

Le lien entre risque de maladies cardio-vasculaires et consommation d’émulsifiants ouvre le débat au niveau de la supplémentation


Fabrication de compléments alimentaires

L’analyse récente des données de santé de 95 442 adultes participant à l’étude de cohorte française NutriNet-Santé (Inserm/Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle Eren-Cress – entre 2009 et 2021) confirme et précise l’association entre les apports alimentaires d’additifs émulsifiants et un risque accru de maladies cardiovasculaires (1).


Ces résultats valident l’un des facteurs néfastes de l’alimentation ultra-transformée (AUT), à savoir la richesse en additifs à risque.


Mais ils sont également prétexte à ouvrir un autre débat sur le plan sanitaire :

Quid du choix des compléments alimentaires concernant certains excipients ?



Additifs alimentaires et émulsifiants : définitions


Les additifs alimentaires sont identifiés dans la liste des ingrédients par un code fixé au niveau européen qui se compose de la lettre « E », suivie d’un numéro permettant d’identifier facilement la catégorie.


Par exemple, E100 pour les colorants, E200 pour les conservateurs, E400 pour les émulsifiants et agents de texture.


Les émulsifiants figurent parmi les additifs les plus couramment utilisés dans les aliments industriels. Ils sont souvent ajoutés aux aliments transformés et emballés tels que certaines pâtisseries, gâteaux et desserts industriels, glaces, barres chocolatées, pains industriels, margarines et plats préparés, afin d’améliorer leur apparence, leur goût, leur texture et leur durée de conservation.


Ils comprennent les celluloses, les mono- et diglycérides d’acides gras, les amidons modifiés, les lécithines, les carraghénanes, les phosphates, les gommes et les pectines.


Voyons maintenant leurs liens avec le risque accru de maladies cardiovasculaires en détaillant l'étude de cohorte NutriNet-Santé.



Étude de cohorte NutriNet-Santé : données, conclusions et limites


L’analyse des données a porté sur 95 442 adultes français sans antécédent de maladie cardiovasculaire qui ont participé volontairement à l’étude (âge moyen 43 ans ; 79% de femmes).


Selon l'Inserm, "il s’agit d’une unique étude observationnelle, qui ne peut donc pas établir de causalité à elle seule, et les scientifiques reconnaissent certaines limites à cette étude telles que la proportion élevée de femmes, le niveau d’éducation plus élevé et les comportements globalement plus soucieux de la santé parmi les participants à l’étude NutriNet-Santé par rapport à la population française en général.


Plusieurs facteurs de risque bien connus pour les maladies cardiaques, notamment l’âge, le sexe, le poids (IMC), le niveau d’éducation, les antécédents familiaux, le tabagisme et les niveaux d’activité physique, ainsi que la qualité globale de l’alimentation (par exemple, les apports en sucre, en sel, en énergie et en alcool) ont été pris en compte.


Néanmoins, l’échantillon de l’étude était important et les auteurs ont pu tenir compte d’un large éventail de facteurs potentiellement confondants, tout en utilisant des données détaillées et uniques sur les additifs alimentaires, allant jusqu’à la marque des produits consommés.


De plus, les résultats sont restés inchangés après de multiples analyses de sensibilité, renforçant ainsi leur robustesse".


Après un suivi moyen de 7 ans, les scientifiques ont ainsi constaté que des apports plus élevés :

  • En monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E471 et E472) ont été associés à des risques plus élevés pour toutes les pathologies étudiées.

Parmi ces émulsifiants, l’ester lactique des monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E472b) était associé à des risques plus élevés de maladies cardiovasculaires et de maladies cérébrovasculaires.

L’ester citrique des monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E472c) était associé à des risques plus élevés de maladies cardiovasculaires et de maladies coronariennes.

  • En phosphates trisodiques (E339), étaient associés à un risque accru de maladies coronariennes.

  • En celluloses totales (additifs alimentaires correspondant aux codes E460 à E468) étaient associés à des risques plus élevés de maladies cardiovasculaires.

En particulier, cette association était spécifiquement observée pour les apports en E460 (cellulose microcristalline, cellulose en poudre) et E466 (carboxyméthylcellulose).


Aucune association n’a été détectée dans cette étude entre les autres émulsifiants et la survenue de maladies cardiovasculaires.



Alimentation ultra-transformée : une nocivité confirmée


De récentes études épidémiologiques avaient déjà établi un lien entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et un risque accru d’obésité, de mortalité et de maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, cancers, troubles de la santé mentale…) (2), (3).


En Europe et en Amérique du Nord, 30 à 60 % de l’apport énergétique alimentaire des adultes provient d’aliments ultra-transformés.


La nocivité sans appel de cette alimentation moderne repose sur un effet combiné de composés néfastes caractérisant l’alimentation ultra-transformée versus un appauvrissement en composés nutritionnels ou bioactifs protecteurs.


L’AUT se caractérise en effet par sa richesse en :

  • Additifs

Ils sont susceptibles de contribuer au risque de maladies chroniques en perturbant notamment le microbiote intestinal et en augmentant le risque d’inflammation.

Hors confiserie, selon un état des lieux récent, mené entre 2008 et 2016 sur plusieurs catégories d’aliments, 78 % des produits alimentaires analysés mentionnent au moins un additif dans leur liste d’ingrédient, 53 % au moins 3 additifs et 4 % au moins 10 (viennoiseries, desserts surgelés, produits traiteurs frais, glaces et sorbets) (4).

  • Composés néoformés

Ils sont issus du processus de transformation technologique et/ou de préparations culinaires industrielles ou ménagères (acrylamide, amines aromatiques hétérocycliques, composés nitrosés, dérivés du glycérol, acides gras trans, dérivés de l’oxydation lipidique).


Le double visage des composés néoformés sur la santé s’inscrit tout autant dans leur risque intrinsèque que sur l’appauvrissement et/ou modification de la matrice alimentaire suite à ces transformations (hautes températures, fermentations, hydrolysats acides etc.).

  • Contaminants environnementaux et/ou résidus en pesticides

Ils sont issus des conditions de production des denrées alimentaires pour une filière des AUT rarement à cheval sur la qualité des matières premières et/ou analyses chimiques qualité.


Dans un contexte de réévaluation de la réglementation relative à l’utilisation des additifs dans l’industrie alimentaire, ces résultats renforcent non seulement le principe d’alimentation saine peu ou pas transformée (choix de consommation et modes de préparation domestique des aliments) mais interroge dans le même temps sur le concept de bénéfice/risque dans le choix des compléments alimentaires.



Qualité du complément alimentaire : quels sont les critères importants ?


Les compléments alimentaires sont définis comme "des denrées alimentaires dont le but est de compléter un régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique".


Ces produits sont destinés à être pris par voie orale et sont conditionnés en doses sous forme de comprimés, gélules, pastilles, ampoules.


Transformation des compléments alimentaires


En dépit de son caractère par essence « transformé », à l’instar de l’alimentation (classification NOVA), un gradient de transformation des compléments alimentaires pourrait être établi en fonction de :

  • La quantité et nature des excipients utilisés (émulsifiants mais également édulcorants ou conservateurs) et de leurs impuretés à classer selon un niveau de risque de perturbation du microbiote, d'inflammation, d’hypersensibilité, de génotoxicité etc.

  • La quantité et nature des composés néoformés issus du process de fabrication et/ou de conservation (indice de peroxydation et stabilité, résidus de solvants, impuretés des formes nanoparticulaires, des formes liposomiales).

Autres indicateurs de qualité des compléments alimentaires


Du nutraceutique au complément alimentaire ultra-transformé, d’autres critères de qualité sont à prendre en considération dans une démarche professionnelle :

  • La traçabilité des matières premières : identification, contamination chimique (PCB, dioxines, métaux lourds, pesticides), en alcaloïdes des espèces végétales, ou par matériaux de contact,

  • La tolérance des formes utilisées.

  • Les doses utilisées.

À ce sujet, l’ultra-transformation des compléments alimentaires a longtemps été implicitement valorisée par les façonniers notamment en termes de biodisponibilité.


Mais, les études d’impact à long terme et/ou en exposition précoce sur des populations vulnérables étant quasiment inexistantes, ce dernier point soulève des principes de précautions en termes de dosages recommandés (hépatites et suppléments à base de curcuma, facteur de conversion des formes méthylfolates etc.).


Les formes synthétiques sont également soumises à un questionnement de bénéfices / risques vis-à-vis de leur métabolisation endogène (formes inorganiques de sélénium, acide folique au delà de 400 mcg/j etc.).

  • L'éco-conception, l'impact environnemental mais également le respect des ressources si la politique de produits de santé naturelle est tout à fait cohérente.


L'impact de l’Alimentation Ultra Transformée sur la santé est aujourd’hui bien établi.


Donc en tant que professionnels/praticiens de santé, face à des personnes souvent vulnérables et/ou fragilisées, n’est-il pas légitime d’appliquer le même principe de précaution dans le conseil en compléments alimentaires ?

Mais comment faire son choix parmi l'offre pléthorique des laboratoires pharmaceutiques ?



Besoin d'une formation indépendante et critique sur l'offre de compléments alimentaires


Les laboratoires pharmaceutiques font leur travail en formant les médecins, les équipes officinales et les différents professionnels de santé sur l'utilisation de leurs produits tout en vantant leurs mérites.


Mais pour l'intérêt de vos patients, il est nécessaire d'avoir un certain recul sur l'aspect marketing afin de faire le meilleur choix.


Notre module de formation en supplémentation a donc été conçu pour vous permettre d'avoir ce regard critique sur les compositions des différents compléments alimentaires : critères de qualité, législation, choix des dosages et formes biodisponibles.


Et afin de respecter notre souhait de neutralité, chaque intervenant(e) signe dans son contrat une clause stipulant qu'il (ou elle) ne doit pas influencer les stagiaires pour l'utilisation d'un produit ou une marque en particulier et ses liens d'intérêts éventuels vous sont communiqués au début de chaque formation.


De nombreux outils pratiques sont également mis à votre disposition pour vous guider au quotidien :

  • Questionnaire NFA SCORE INITIAL regroupant 15 items d’évaluation

  • 9 fiches pratiques de conseils nutritionnels

  • Guide de nutrition et de supplémentation nutritionnelle (vitamines, minéraux, oligo-éléments) : fonctions, formes en alimentation, données CIQUAL et INCA-2, RNP, AS, biomarqueurs, formes en supplémentation, VNR, TMR, LSS, précautions d'emploi, contre-indications

  • Fiches de protocoles de supplémentation associées aux troubles des sphères hépato-digestive, muco-cutanée, génito-urinaire, buccale et des troubles fonctionnels liés aux déficits en neuromédiateurs​

  • Fiche des contre-indications et interactions médicamenteuses des plantes et des phytonutriments


Retrouvez tous les éléments de cette formation sur les fondements scientifiques de la supplémentation en cliquant sur l'image ci-dessous :

Formation sur la supplémentation et le choix des meilleurs compléments alimentaires



Marie-I. LODATO

Formatrice en Santé environnementale, Nutraceutiques et Plantes médicinales

Co-Responsable pédagogique Oreka Formation

Co-Conceptrice de la Nutrition Fonctionnelle Adaptative


(2) Fiolet T. et al. Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ 2018 ; 360 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.k322.

(3) H Arshad et al. Association between ultra-processed foods and recurrence of depressive symptoms : the Whitehall II cohort study. Nutr Neurosci, 29 mars 2023 ; doi : 10.1080/1028415X.2022.2157927.

(4) Rapport Oqali (INRA, Anses) : Bilan et évolution de l'utilisation des additifs dans les produits transformés. Edition 2019. 105p.





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